Terminale maths expertes

Graphes probabilistes, transitions et suites de matrices — 20 exercices

Ces 20 exercices étudient des graphes probabilistes finis et leurs matrices de transition. Convention commune : les distributions sont des vecteurs-lignes, pn+1=pnPp_{n+1}=p_nP, et PijP_{ij} est la probabilité de passer de l'état ii à l'état jj. Chaque matrice est entièrement donnée ou reconstruite à partir de probabilités explicites. Les probabilités sont supposées constantes dans le temps sauf indication contraire.

L'essentiel à retenir

  • Une matrice de transition a des coefficients positifs ou nuls et chaque ligne de somme 11. Une distribution stationnaire π\pi vérifie πP=π\pi P=\pi, avec des composantes positives ou nulles de somme 11. Son existence ou son unicité ne suffit pas à prouver que toutes les distributions convergent vers elle : un comportement périodique peut empêcher la convergence. Pour établir une limite, on utilisera ici une récurrence explicite ou une formule de puissance justifiée. Un état absorbant se conserve avec probabilité 11.

Exercice 1 — Deux services et une convergence démontrée

  1. Dans l'ordre A,BA,B, on donne P=(0,80,20,30,7)P=\begin{pmatrix}0{,}8&0{,}2\\0{,}3&0{,}7\end{pmatrix} et p0=(1;0)p_0=(1;0). Calculer p1,p2p_1,p_2 et une distribution stationnaire.
  2. Prouver que pnp_n converge et préciser à partir de quel rang sa première composante diffère de 0,60{,}6 de moins de 0,010{,}01.
Corrigé détaillé
1. p1=(0,8;0,2)p_1=(0{,}8;0{,}2) et p2=(0,8×0,8+0,2×0,3, 0,8×0,2+0,2×0,7)=(0,7;0,3)p_2=(0{,}8\times0{,}8+0{,}2\times0{,}3,\ 0{,}8\times0{,}2+0{,}2\times0{,}7)=(0{,}7;0{,}3). Si π=(a,1−a)\pi=(a,1-a), alors a=0,8a+0,3(1−a)a=0{,}8a+0{,}3(1-a), soit 0,5a=0,30{,}5a=0{,}3. Donc π=(0,6;0,4)\pi=(0{,}6;0{,}4). 2. En posant pn=(an,1−an)p_n=(a_n,1-a_n), on obtient an+1=0,5an+0,3a_{n+1}=0{,}5a_n+0{,}3, donc an=0,6+0,4(0,5)na_n=0{,}6+0{,}4(0{,}5)^n. La convergence vers π\pi est démontrée. On veut 0,4/2n<0,010{,}4/2^n<0{,}01, soit 2n>402^n>40. Le premier rang est n=6n=6, car 25=322^5=32 et 26=642^6=64.

Exercice 2 — Une distribution stationnaire sans convergence générale

  1. On donne P=(0110)P=\begin{pmatrix}0&1\\1&0\end{pmatrix}. Déterminer toutes les distributions stationnaires et calculer P2P^2.
  2. Étudier pnp_n lorsque p0=(1;0)p_0=(1;0), puis lorsque p0=(1/2;1/2)p_0=(1/2;1/2). Que montre cet exemple ?
Corrigé détaillé
1. Pour (a,1−a)(a,1-a), le produit par PP vaut (1−a,a)(1-a,a). La stationnarité impose a=1−aa=1-a, donc l'unique distribution stationnaire est (1/2;1/2)(1/2;1/2). Par ailleurs, P2=I2P^2=I_2. 2. Avec p0=(1;0)p_0=(1;0), les distributions alternent entre (1;0)(1;0) aux rangs pairs et (0;1)(0;1) aux rangs impairs : elles ne convergent pas. Avec p0=(1/2;1/2)p_0=(1/2;1/2), elles restent constantes. L'unicité d'une distribution stationnaire n'implique donc pas la convergence depuis toute distribution initiale.

Exercice 3 — Un abonnement définitivement résilié

  1. Un client est actif AA ou définitivement parti DD. Chaque mois, un client actif reste avec probabilité 0,90{,}9. Donner PP dans l'ordre A,DA,D et calculer la probabilité d'être encore actif après trois mois si le client est actif au départ.
  2. Déterminer les distributions stationnaires et la limite depuis une distribution initiale (a,1−a)(a,1-a).
Corrigé détaillé
1. L'état DD est absorbant et P=(0,90,101)P=\begin{pmatrix}0{,}9&0{,}1\\0&1\end{pmatrix}. Pour être actif après trois mois, il faut rester actif à chaque transition : la probabilité vaut (0,9)3=0,729(0{,}9)^3=0{,}729. La distribution est (0,729;0,271)(0{,}729;0{,}271). 2. La stationnarité impose x=0,9xx=0{,}9x, donc x=0x=0 : seule (0;1)(0;1) est stationnaire. Après nn mois, la distribution vaut (a(0,9)n,1−a(0,9)n)(a(0{,}9)^n,1-a(0{,}9)^n). Elle converge vers (0;1)(0;1), ce qui signifie une résiliation à terme avec probabilité 11 dans ce modèle.

Exercice 4 — Un état transitoire et deux issues absorbantes

  1. Dans l'ordre T,S,ET,S,E, on donne P=(0,50,30,2010001)P=\begin{pmatrix}0{,}5&0{,}3&0{,}2\\0&1&0\\0&0&1\end{pmatrix} et p0=(1;0;0)p_0=(1;0;0). Calculer p1,p2p_1,p_2 et la probabilité d'être encore en TT après nn étapes.
  2. Déterminer les probabilités limites d'absorption en SS et EE. La distribution stationnaire est-elle unique ?
Corrigé détaillé
1. p1=(0,5;0,3;0,2)p_1=(0{,}5;0{,}3;0{,}2) et p2=(0,25;0,45;0,30)p_2=(0{,}25;0{,}45;0{,}30). Comme aucun autre état ne revient vers TT, sa probabilité est multipliée par 0,50{,}5 à chaque étape : elle vaut 2−n2^{-n}. 2. La probabilité d'être en SS au rang nn vaut 0,3∑k=0n−12−k=0,6(1−2−n)0{,}3\sum_{k=0}^{n-1}2^{-k}=0{,}6(1-2^{-n}), et celle d'être en EE vaut 0,4(1−2−n)0{,}4(1-2^{-n}). La limite est (0;0,6;0,4)(0;0{,}6;0{,}4), soit les composantes 00, 0,60{,}6, 0,40{,}4. Toutes les distributions (0,s,1−s)(0,s,1-s), avec 0≤s≤10\leq s\leq1, sont stationnaires : il n'y a pas unicité.

Exercice 5 — Deux groupes qui ne communiquent pas

  1. Dans l'ordre A,B,CA,B,C, on donne P=(10000,60,400,20,8)P=\begin{pmatrix}1&0&0\\0&0{,}6&0{,}4\\0&0{,}2&0{,}8\end{pmatrix}. Déterminer toutes les distributions stationnaires.
  2. Pour p0=(0,4;0,6;0)p_0=(0{,}4;0{,}6;0), démontrer la convergence et donner la limite.
Corrigé détaillé
1. La masse placée en AA ne change pas. Dans le groupe B,CB,C, l'équilibre impose 0,4b=0,2c0{,}4b=0{,}2c, donc c=2bc=2b. Avec une masse tt en AA, on obtient πt=(t,(1−t)/3;2(1−t)/3)\pi_t=(t,(1-t)/3;2(1-t)/3) pour 0≤t≤10\leq t\leq1. 2. La masse totale en B,CB,C reste 0,60{,}6. Si bnb_n est la probabilité de BB, alors bn+1=0,6bn+0,2(0,6−bn)=0,4bn+0,12b_{n+1}=0{,}6b_n+0{,}2(0{,}6-b_n)=0{,}4b_n+0{,}12. Donc bn=0,2+0,4(0,4)nb_n=0{,}2+0{,}4(0{,}4)^n, puis cn=0,4−0,4(0,4)nc_n=0{,}4-0{,}4(0{,}4)^n. La limite est (0,4;0,2;0,4)(0{,}4;0{,}2;0{,}4) ; elle dépend de la masse initiale en AA.

Exercice 6 — Une moyenne progressive à trois états

  1. On pose J=13(111111111)J=\frac13\begin{pmatrix}1&1&1\\1&1&1\\1&1&1\end{pmatrix} et P=12I3+12JP=\frac12I_3+\frac12J. Écrire PP explicitement et vérifier que (1/3;1/3;1/3)(1/3;1/3;1/3) est stationnaire.
  2. En utilisant J2=JJ^2=J, prouver Pn=2−nI3+(1−2−n)JP^n=2^{-n}I_3+(1-2^{-n})J et en déduire la limite depuis toute distribution initiale.
Corrigé détaillé
1. P=(2/31/61/61/62/31/61/61/62/3)P=\begin{pmatrix}2/3&1/6&1/6\\1/6&2/3&1/6\\1/6&1/6&2/3\end{pmatrix}. Chaque colonne a somme 11, donc la multiplication de la ligne uniforme par PP redonne (1/3;1/3;1/3)(1/3;1/3;1/3). Les lignes ont aussi somme 11, comme requis. 2. La formule vaut pour n=0n=0. Sa multiplication par 12I3+12J\frac12I_3+\frac12J donne un coefficient 2−(n+1)2^{-(n+1)} devant I3I_3 et 1−2−(n+1)1-2^{-(n+1)} devant JJ, grâce à J2=JJ^2=J. Pour toute distribution p0p_0, p0J=(1/3;1/3;1/3)p_0J=(1/3;1/3;1/3) ; ainsi pnp_n converge vers cette distribution.

Exercice 7 — Retrouver une probabilité de transition

  1. On sait que P=(0,90,1b1−b)P=\begin{pmatrix}0{,}9&0{,}1\\b&1-b\end{pmatrix} admet la distribution stationnaire (0,7;0,3)(0{,}7;0{,}3). Déterminer bb et vérifier qu'il s'agit d'une probabilité.
  2. Pour une distribution initiale (a0;1−a0)(a_0;1-a_0), établir une formule explicite de ana_n et conclure.
Corrigé détaillé
1. La première composante de l'égalité stationnaire donne 0,7=0,7×0,9+0,3b0{,}7=0{,}7\times0{,}9+0{,}3b. Donc 0,3b=0,070{,}3b=0{,}07 et b=7/30b=7/30. Ce nombre est dans [0;1][0;1] ; la seconde ligne est (7/30;23/30)(7/30;23/30). 2. an+1=(9/10)an+(7/30)(1−an)=23an+730a_{n+1}=(9/10)a_n+(7/30)(1-a_n)=\frac23a_n+\frac7{30}. Le point fixe est 7/107/10. Donc an=710+(a0−710)(23)na_n=\frac7{10}+(a_0-\frac7{10})(\frac23)^n. Le facteur géométrique tend vers zéro : toute distribution initiale converge vers (0,7;0,3)(0{,}7;0{,}3).

Exercice 8 — Choisir le modèle conforme à un énoncé

  1. Dans l'ordre A,BA,B, 80%80\% des clients de AA restent chez AA, tandis que 30%30\% des clients de BB passent chez AA. Choisir entre P1=(0,80,20,30,7)P_1=\begin{pmatrix}0{,}8&0{,}2\\0{,}3&0{,}7\end{pmatrix} et P2=(0,80,30,20,7)P_2=\begin{pmatrix}0{,}8&0{,}3\\0{,}2&0{,}7\end{pmatrix} avec la convention des vecteurs-lignes.
  2. Pour p0=(0,4;0,6)p_0=(0{,}4;0{,}6), calculer la part de AA après une étape. Quelle proportion des clients alors chez AA venait de BB ?
Corrigé détaillé
1. Il faut P1P_1 : la première ligne décrit les départs de AA et la seconde ceux de BB. Les lignes de P1P_1 somment à 11. Celles de P2P_2 somment à 1,11{,}1 et 0,90{,}9 : P2P_2 n'est pas une matrice de transition avec cette convention. 2. La part de AA devient 0,4×0,8+0,6×0,3=0,500{,}4\times0{,}8+0{,}6\times0{,}3=0{,}50. La probabilité conjointe « venir de BB et arriver en AA » vaut 0,180{,}18. La proportion conditionnelle cherchée est donc 0,18/0,50=0,360{,}18/0{,}50=0{,}36, soit 36%36\%.

Exercice 9 — Des vélos entre deux stations

  1. Chaque jour, un vélo en station AA finit en BB avec probabilité 0,250{,}25 ; un vélo en BB finit en AA avec probabilité 0,50{,}5. Écrire la matrice et calculer les effectifs moyens après une journée pour 8080 vélos en AA et 4040 en BB.
  2. Pour 120120 vélos initialement tous en AA, déterminer les effectifs moyens au bout de nn jours. Peut-on affirmer que les effectifs réels seront exactement égaux aux moyennes ?
Corrigé détaillé
1. Dans l'ordre A,BA,B, P=(0,750,250,50,5)P=\begin{pmatrix}0{,}75&0{,}25\\0{,}5&0{,}5\end{pmatrix}. La ligne des effectifs moyens devient (80;40)P=(80;40)(80;40)P=(80;40). On calcule 80×0,75+40×0,5=8080\times0{,}75+40\times0{,}5=80 et 80×0,25+40×0,5=4080\times0{,}25+40\times0{,}5=40. 2. La proportion moyenne ana_n vérifie an+1=0,25an+0,5a_{n+1}=0{,}25a_n+0{,}5, donc an=23+13(0,25)na_n=\frac23+\frac13(0{,}25)^n. Les effectifs moyens sont 80+40(0,25)n80+40(0{,}25)^n et 40−40(0,25)n40-40(0{,}25)^n. Ce sont des espérances : les effectifs observés restent aléatoires et ne sont pas nécessairement égaux à ces nombres.

Exercice 10 — Prévision météorologique sur deux jours

  1. Les états sont soleil SS, nuages NN, pluie RR, dans cet ordre, avec P=(0,60,30,10,20,50,30,10,40,5)P=\begin{pmatrix}0{,}6&0{,}3&0{,}1\\0{,}2&0{,}5&0{,}3\\0{,}1&0{,}4&0{,}5\end{pmatrix}. Partant de SS, calculer la probabilité de pluie deux jours plus tard.
  2. Sachant qu'il pleut deux jours plus tard, quelle est la probabilité que le jour intermédiaire ait été nuageux ? Comparer avec PNRP_{NR}.
Corrigé détaillé
1. On additionne les trois états intermédiaires : (P2)SR=0,6×0,1+0,3×0,3+0,1×0,5=0,20(P^2)_{SR}=0{,}6\times0{,}1+0{,}3\times0{,}3+0{,}1\times0{,}5=0{,}20. La probabilité vaut donc 20%20\%. 2. La probabilité du trajet S→N→RS\to N\to R vaut 0,3×0,3=0,090{,}3\times0{,}3=0{,}09. La probabilité conditionnelle cherchée vaut 0,09/0,20=0,450{,}09/0{,}20=0{,}45. Elle diffère de PNR=0,3P_{NR}=0{,}3, qui concerne la pluie du lendemain lorsqu'on sait déjà que le jour présent est nuageux.

Exercice 11 — Être arrivé ou avoir déjà visité

  1. Dans l'ordre A,B,CA,B,C, on donne P=(01/21/201/21/2100)P=\begin{pmatrix}0&1/2&1/2\\0&1/2&1/2\\1&0&0\end{pmatrix} et l'état initial AA. Calculer la probabilité d'être en CC après exactement deux transitions.
  2. Calculer la probabilité d'avoir visité CC au moins une fois au cours des deux premières transitions. Pourquoi est-elle différente ?
Corrigé détaillé
1. Les possibilités passant par BB donnent (1/2)(1/2)=1/4(1/2)(1/2)=1/4. Un passage par CC au premier pas impose ensuite AA, et A→AA\to A est impossible. Donc (P2)AC=1/4(P^2)_{AC}=1/4. 2. On atteint CC au premier pas avec probabilité 1/21/2. Sinon, on va en BB, puis en CC, avec probabilité 1/41/4. Ces événements sont disjoints : le total vaut 3/43/4. Une visite au premier pas n'impose pas d'être encore en CC au second, puisque C→AC\to A est certain.

Exercice 12 — Une machine réparée après une panne

  1. Les états sont fonctionnement FF et panne PP. Une machine fonctionnelle tombe en panne le lendemain avec probabilité 0,10{,}1 ; une machine en panne est réparée pour le lendemain avec probabilité 0,60{,}6. Écrire la matrice et déterminer la distribution stationnaire.
  2. La machine fonctionne initialement. Déterminer la probabilité qnq_n de panne et la probabilité de n'avoir subi aucune panne pendant les trois premières transitions.
Corrigé détaillé
1. La matrice est M=(0,90,10,60,4)M=\begin{pmatrix}0{,}9&0{,}1\\0{,}6&0{,}4\end{pmatrix}. Si qq est la probabilité stationnaire de panne, alors q=0,1(1−q)+0,4qq=0{,}1(1-q)+0{,}4q, soit 0,7q=0,10{,}7q=0{,}1. La distribution stationnaire est donc (6/7;1/7)(6/7;1/7). 2. qn+1=0,1+0,3qnq_{n+1}=0{,}1+0{,}3q_n et q0=0q_0=0, donc qn=17(1−(0,3)n)q_n=\frac17(1-(0{,}3)^n). En revanche, ne jamais tomber en panne pendant trois transitions exige trois maintiens successifs en fonctionnement : la probabilité vaut (0,9)3=0,729(0{,}9)^3=0{,}729. L'état final et l'historique sont deux événements différents.

Exercice 13 — Une rotation périodique sur trois états

  1. On donne P=(010001100)P=\begin{pmatrix}0&1&0\\0&0&1\\1&0&0\end{pmatrix}. Déterminer la distribution stationnaire et calculer P3P^3.
  2. Depuis p0=(1;0;0)p_0=(1;0;0), étudier la convergence de pnp_n et celle de la moyenne 1N∑n=0N−1pn\frac1N\sum_{n=0}^{N-1}p_n.
Corrigé détaillé
1. Pour (a,b,c)(a,b,c), la multiplication donne (c,a,b)(c,a,b). La stationnarité impose a=b=ca=b=c, puis a+b+c=1a+b+c=1 donne (1/3;1/3;1/3)(1/3;1/3;1/3). Trois transitions ramènent chaque état à lui-même, donc P3=I3P^3=I_3. 2. Les distributions se répètent par blocs (1;0;0)(1;0;0), (0;1;0)(0;1;0), (0;0;1)(0;0;1) : elles ne convergent pas. Sur 3k3k termes, la moyenne vaut exactement (1/3;1/3;1/3)(1/3;1/3;1/3). Pour un nombre quelconque de termes, il reste au plus deux termes supplémentaires, dont la contribution divisée par NN tend vers zéro. Les moyennes convergent donc vers la distribution uniforme.

Exercice 14 — Équilibre ne signifie pas absence de circulation

  1. On donne P=(1/21/2001/21/21/201/2)P=\begin{pmatrix}1/2&1/2&0\\0&1/2&1/2\\1/2&0&1/2\end{pmatrix}. Déterminer sa distribution stationnaire en résolvant les équations.
  2. À l'équilibre, calculer les probabilités des transitions A→BA\to B et B→AB\to A. Comment la masse de AA peut-elle pourtant rester constante ?
Corrigé détaillé
1. Pour (a,b,c)(a,b,c), la première équation donne a=(a+c)/2a=(a+c)/2, donc a=ca=c. La deuxième donne b=(a+b)/2b=(a+b)/2, donc b=ab=a. Avec la somme 11, on obtient l'unique distribution (1/3;1/3;1/3)(1/3;1/3;1/3). 2. Le flux A→BA\to B vaut (1/3)(1/2)=1/6(1/3)(1/2)=1/6, tandis que B→AB\to A vaut 00. Mais le flux C→AC\to A vaut aussi 1/61/6 et compense la sortie de AA. La stationnarité équilibre les entrées et sorties totales de chaque état, sans imposer un équilibre séparé entre chaque paire.

Exercice 15 — Marche aléatoire sur un chemin

  1. Sur le graphe A−B−CA-B-C, un marcheur choisit uniformément un voisin à chaque étape. Écrire la matrice de transition et déterminer la distribution stationnaire.
  2. Depuis AA, calculer les distributions aux rangs pairs et impairs et discuter la convergence.
Corrigé détaillé
1. Dans l'ordre A,B,CA,B,C, P=(0101/201/2010)P=\begin{pmatrix}0&1&0\\1/2&0&1/2\\0&1&0\end{pmatrix}. Les équations stationnaires donnent a=b/2a=b/2, c=b/2c=b/2 et a+b+c=1a+b+c=1. Donc π=(1/4;1/2;1/4)\pi=(1/4;1/2;1/4), proportionnelle aux degrés 1;2;11;2;1. 2. p1=(0;1;0)p_1=(0;1;0), puis p2=(1/2;0;1/2)p_2=(1/2;0;1/2). Depuis cette dernière distribution, on revient certainement en BB. Ainsi, pour k≥1k\geq1, p2k=(1/2;0;1/2)p_{2k}=(1/2;0;1/2) et, pour k≥0k\geq0, p2k+1=(0;1;0)p_{2k+1}=(0;1;0). Les deux sous-suites ont des limites différentes : il n'y a pas convergence malgré l'unicité de π\pi.

Exercice 16 — L'ordre de deux politiques commerciales

  1. Deux politiques agissent sur les états A,BA,B avec P=(0,80,20,40,6)P=\begin{pmatrix}0{,}8&0{,}2\\0{,}4&0{,}6\end{pmatrix} et Q=(0,50,50,10,9)Q=\begin{pmatrix}0{,}5&0{,}5\\0{,}1&0{,}9\end{pmatrix}. Calculer PQPQ et QPQP.
  2. Depuis p0=(1;0)p_0=(1;0), comparer les distributions après les deux politiques selon leur ordre. Si le cycle « PP puis QQ » se répète, déterminer la distribution stationnaire observée à la fin de chaque cycle.
Corrigé détaillé
1. PQ=(0,420,580,260,74)PQ=\begin{pmatrix}0{,}42&0{,}58\\0{,}26&0{,}74\end{pmatrix} et QP=(0,600,400,440,56)QP=\begin{pmatrix}0{,}60&0{,}40\\0{,}44&0{,}56\end{pmatrix}. Par exemple, (PQ)11=0,8×0,5+0,2×0,1=0,42(PQ)_{11}=0{,}8\times0{,}5+0{,}2\times0{,}1=0{,}42. Les matrices ne commutent pas. 2. L'ordre PP puis QQ donne (0,42;0,58)(0{,}42;0{,}58), contre (0,60;0,40)(0{,}60;0{,}40) pour l'ordre inverse. Aux fins de cycle, la transition est PQPQ. Si aa est sa première composante stationnaire, a=0,42a+0,26(1−a)a=0{,}42a+0{,}26(1-a), donc 0,84a=0,260{,}84a=0{,}26 et a=13/42a=13/42. La distribution est (13/42;29/42)(13/42;29/42).

Exercice 17 — Des transitions qui changent avec la saison

  1. Une population suit en été P=(0,90,10,20,8)P=\begin{pmatrix}0{,}9&0{,}1\\0{,}2&0{,}8\end{pmatrix} puis en hiver Q=(0,60,40,30,7)Q=\begin{pmatrix}0{,}6&0{,}4\\0{,}3&0{,}7\end{pmatrix}. Pour p0=(1;0)p_0=(1;0) avant l'été, calculer la distribution après l'été puis après l'hiver. Peut-on utiliser P2P^2 ?
  2. Construire la matrice annuelle, d'un début d'été au suivant, et déterminer sa distribution stationnaire.
Corrigé détaillé
1. Après l'été, p1=(0,9;0,1)p_1=(0{,}9;0{,}1). Après l'hiver, p2=p1Q=(0,57;0,43)p_2=p_1Q=(0{,}57;0{,}43). Utiliser P2P^2 donnerait (0,83;0,17)(0{,}83;0{,}17), résultat erroné : la transition du second semestre est QQ, pas PP. 2. La matrice annuelle est R=PQ=(0,570,430,360,64)R=PQ=\begin{pmatrix}0{,}57&0{,}43\\0{,}36&0{,}64\end{pmatrix}. L'équilibre annuel impose 0,43a=0,36(1−a)0{,}43a=0{,}36(1-a), soit a=36/79a=36/79. La distribution (36/79;43/79)(36/79;43/79) est stationnaire à cette phase de l'année ; elle ne reste pas nécessairement identique entre l'été et l'hiver.

Exercice 18 — Compléter une matrice grâce à l'équilibre

  1. On considère P=(1/21/20x1/21/2−x1/403/4)P=\begin{pmatrix}1/2&1/2&0\\x&1/2&1/2-x\\1/4&0&3/4\end{pmatrix}. Déterminer les valeurs de xx pour lesquelles PP est une matrice de transition.
  2. On souhaite que (1/3;1/3;1/3)(1/3;1/3;1/3) soit stationnaire. Déterminer xx et vérifier toutes les composantes de l'égalité.
Corrigé détaillé
1. Chaque ligne somme déjà à 11. Il reste à imposer la positivité : x≥0x\geq0 et 1/2−x≥01/2-x\geq0. Ainsi les valeurs admissibles sont exactement 0≤x≤1/20\leq x\leq1/2. 2. Pour que la ligne uniforme soit stationnaire, les colonnes doivent sommer à 11. La première impose 1/2+x+1/4=11/2+x+1/4=1, donc x=1/4x=1/4. La deuxième somme vaut 1/2+1/2+0=11/2+1/2+0=1 et la troisième vaut 0+1/4+3/4=10+1/4+3/4=1. La valeur est admissible et les trois composantes du produit valent bien 1/31/3.

Exercice 19 — Une convergence avec oscillations

  1. Pour P=(0,20,80,60,4)P=\begin{pmatrix}0{,}2&0{,}8\\0{,}6&0{,}4\end{pmatrix} et p0=(1;0)p_0=(1;0), déterminer la distribution stationnaire et une formule explicite de la première composante ana_n.
  2. La suite (an)(a_n) est-elle monotone ? Déterminer le premier rang à partir duquel ∣an−3/7∣<0,001|a_n-3/7|<0{,}001 pour tous les rangs suivants.
Corrigé détaillé
1. an+1=0,2an+0,6(1−an)=0,6−0,4ana_{n+1}=0{,}2a_n+0{,}6(1-a_n)=0{,}6-0{,}4a_n. Le point fixe vaut a=0,6/1,4=3/7a=0{,}6/1{,}4=3/7. Ainsi an=3/7+(4/7)(−0,4)na_n=3/7+(4/7)(-0{,}4)^n, et la distribution stationnaire est (3/7;4/7)(3/7;4/7). 2. Le facteur (−0,4)n(-0{,}4)^n change de signe : la suite oscille autour de 3/73/7 et n'est pas monotone. L'erreur absolue vaut (4/7)(0,4)n(4/7)(0{,}4)^n et décroît. Au rang 66, elle vaut environ 0,0023410{,}002341 ; au rang 77, environ 0,0009360{,}000936. Le premier rang demandé est donc 77, et toutes les erreurs suivantes sont encore plus petites.

Exercice 20 — Une formule de puissance fondée sur deux comportements

  1. On donne P=(0,70,30,20,8)P=\begin{pmatrix}0{,}7&0{,}3\\0{,}2&0{,}8\end{pmatrix} et L=(0,40,60,40,6)L=\begin{pmatrix}0{,}4&0{,}6\\0{,}4&0{,}6\end{pmatrix}. Vérifier L2=LL^2=L et P=L+0,5(I2−L)P=L+0{,}5(I_2-L).
  2. Prouver Pn=L+2−n(I2−L)P^n=L+2^{-n}(I_2-L) pour tout n≥0n\geq0, puis calculer p5p_5 pour p0=(0,8;0,2)p_0=(0{,}8;0{,}2) et déterminer la limite.
Corrigé détaillé
1. Chaque ligne de L2L^2 vaut 0,4(0,4;0,6)+0,6(0,4;0,6)=(0,4;0,6)0{,}4(0{,}4;0{,}6)+0{,}6(0{,}4;0{,}6)=(0{,}4;0{,}6), donc L2=LL^2=L. Ensuite 0,5I2+0,5L=(0,70,30,20,8)=P0{,}5I_2+0{,}5L=\begin{pmatrix}0{,}7&0{,}3\\0{,}2&0{,}8\end{pmatrix}=P. 2. De L2=LL^2=L, on déduit L(I2−L)=(I2−L)L=0L(I_2-L)=(I_2-L)L=0 et (I2−L)2=I2−L(I_2-L)^2=I_2-L. La formule est vraie au rang 00 et sa multiplication par PP établit immédiatement l'hérédité. Comme p0L=(0,4;0,6)p_0L=(0{,}4;0{,}6), on a pn=(0,4;0,6)+2−n(0,4,−0,4)p_n=(0{,}4;0{,}6)+2^{-n}(0{,}4,-0{,}4). Ainsi p5=(0,4125;0,5875)p_5=(0{,}4125;0{,}5875) et la limite est (0,4;0,6)(0{,}4;0{,}6).